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Sondage Léger : Trudeau écorché par SNC-Lavalin

Les conservateurs profitent au Québec de la gestion de crise désastreuse du premier ministre fédéral

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OTTAWA | La gestion catastrophique de l’affaire SNC-Lavalin par Justin Trudeau érode l’avance des libéraux fédéraux dans les intentions de vote au Québec au profit du Parti conservateur, à l’aube des élections fédérales.

Selon un coup de sonde effectué par Léger pour le compte du Journal, le Parti libéral a reculé de 4 % depuis le début de la controverse, obtenant 35 % des intentions de vote dans la Belle Province. Ce sont les conservateurs d’Andrew Scheer qui semblent en profiter, eux qui grimpent de 5 % pour atteindre 26 %.

Même si les libéraux mènent toujours au Québec, leur recul n’augure rien de bon pour le parti en cette année électorale. Les troupes du premier ministre comptent sur des gains dans la province pour compenser d’inévitables pertes ailleurs au pays.

« S’il ne consolide pas ses appuis au Québec, Trudeau perd le pouvoir », avance carrément le président et fondateur de Léger, Jean-Marc Léger.

Mauvaise gestion

Pour l’analyste, il ne fait plus de doute que l’affaire SNC-Lavalin fait mal aux libéraux fédéraux. Selon le coup de sonde, les Québécois jugent très sévèrement la gestion de la controverse par le premier ministre. Pas moins de 69 % d’entre eux estiment que M. Trudeau a mal géré la pire crise ayant frappé son gouvernement.

M. Trudeau traîne comme un boulet l’affaire SNC-Lavalin depuis qu’elle a éclaté le 7 février. Un reportage du quotidien The Globe and Mail avait allégué que le premier ministre et son entourage auraient fait de l’ingérence politique auprès de l’ex-ministre démissionnaire Jody Wilson-Raybould pour la convaincre d’aider la firme d’ingénierie à éviter un procès criminel.

L’ancienne ministre de la Justice a ensuite raconté dans un témoignage accablant avoir été la cible de pressions pour trancher en faveur de la multinationale québécoise. M. Trudeau a fermement démenti cette version plaidant que les interactions avec Mme Wilson-Raybould n’étaient que de simples discussions entre collègues.

Minoritaire

Ce nouveau portrait des intentions de vote est d’autant plus dur pour les libéraux que la victoire leur semblait acquise il y a à peine quelques mois, fait remarquer le sondeur. Si des élections avaient lieu aujourd’hui, il y a fort à parier que le prochain gouvernement fédéral serait minoritaire, croit M. Léger.

La baisse des appuis des libéraux au Québec suit la même tendance observée ailleurs au pays depuis déjà un moment.

« Le seul endroit encore solide pour Trudeau, c’est au Québec. Et même ici, ça commence à s’effondrer », explique M. Léger.

Pire encore pour les libéraux : la baisse de leur popularité dans la province s’accompagne d’une volonté de plus en plus marquée de changement dans la population. Une majorité (51 %) de Québécois contemple désormais un changement de régime à Ottawa, selon le coup de sonde.

Avec 26 % d’intentions de vote, les conservateurs peuvent espérer faire des gains au Québec. « Ils sont dans ce qu’on appelle la zone payante », observe M. Léger.

Mais leur chef Andrew Scheer demeure une énigme pour beaucoup de Québécois. Seulement 16 % d’entre eux voient en lui le meilleur premier ministre, loin derrière M. Trudeau (28 %).

Fait à noter, tous les chefs sont moins populaires que leur parti. « Ils tirent tous leur formation vers le bas, c’est assez unique, affirme M. Léger. Il y a véritablement un problème de leadership ici. »


MÉTHODOLOGIE

Le coup de sonde a été réalisé par internet du 8 au 11 mars 2019, auprès de 1014 Québécois. Sa marge d’erreur est de 3,08 %, 19 fois sur 20.

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Intentions de vote fédérales au Québec

Si des élections fédérales avaient lieu aujourd’hui, pour quel parti auriez-vous l’intention de voter ?

PARTI LIBÉRAL DU CANADA

Justin Trudeau
Photo AFP
Justin Trudeau
  • Aujourd'hui | 35 %
  • 2 février 2019 | 39 %

PARTI CONSERVATEUR DU CANADA

Andrew Scheer
Photo d'archives, Simon Clark
Andrew Scheer
  • Aujourd'hui | 26 %
  • 2 février 2019 | 21 %

BLOC QUÉBÉCOIS DE YVES-FRANÇOIS BLANCHET

Yves-François Blanchet
Photo d'archives, Sarah Bélisle
Yves-François Blanchet
  • Aujourd'hui | 17 %
  • 2 février 2019 | 21 %

PARTI VERT DU CANADA D’ELIZABETH MAY

Elizabeth May
Photo d'archives, Chantal Poirier
Elizabeth May
  • Aujourd'hui | 9 %
  • 2 février 2019 | 5 %

NOUVEAU PARTI DÉMOCRATIQUE DU CANADA DE JAGMEET SINGH

Jagmeet Singh
Photo d'archives, Sarah Bélisle
Jagmeet Singh
  • Aujourd'hui | 7 %
  • 2 février 2019 | 8 %

PARTI POPULAIRE DU CANADA DE MAXIME BERNIER

Maxime Bernier
Photo d'archives, Agence QMI
Maxime Bernier
  • Aujourd'hui | 4 %
  • 2 février 2019 | 6 %

Selon vous, lequel des chefs de partis politiques fédéraux ferait le meilleur premier ministre du Canada ?

  • Jagmeet Singh | 3 %
  • Maxime Bernier | 5 %
  • Elizabeth May | 6 %
  • Andrew Scheer | 16 %
  • Justin Trudeau | 28 %

Croyez-vous que Justin Trudeau a rempli ses promesses électorales de l’élection de 2015 ?

  • Une faible partie | 54 %
  • Une majorité | 25 %
  • Toutes ses promesses | 1 %
  • Aucune | 5%
  • Ne sait pas / refus | 14 %

Crise et controverse

Quant à l’affaire « SNC-Lavalin » qui secoue le gouvernement fédéral depuis plus d’un mois, les Québécois sont d’avis que...

IL EST DIFFICILE DE SE FAIRE UNE TÊTE

Qui avez-vous tendance à croire dans le conflit au sujet de la controverse entourant SNC-Lavalin ?

  • Jody Wilson-Raybould | 39 %
  • Justin Trudeau | 25 %
  • Ne sait pas | 36 %

TRUDEAU EST L’ARTISAN DE SON PROPRE MALHEUR

Selon vous, est-ce que le premier ministre du Canada Justin Trudeau a bien géré ou a mal géré la controverse entourant SNC-Lavalin ?

  • Bien géré | 11 %
  • Mal géré | 68 %

TRUDEAU DOIT RESTER EN POSTE

À la suite de la controverse entourant SNC-Lavalin, croyez-vous que le premier ministre Justin Trudeau devrait démissionner ou devrait rester en poste ?

  • Rester en poste | 50 %
  • Démissionner | 29 %

IL Y A DU « QUÉBEC-BASHING » DE LA PART DU RESTE DU CANADA

Croyez-vous que le fait que SNC-Lavalin soit une compagnie ayant son siège social au Québec a un impact positif, un impact négatif ou cela n’a pas d’impact sur la manière dont le Canada anglais réagit à cette controverse ?

  • A un impact positif | 6 %
  • A un impact négatif | 55 %
  • N’a pas d’impact | 19 %

IL FAUT ACCORDER UNE ENTENTE À SNC-LAVALIN

Selon vous, vaut-il mieux que le gouvernement du Canada...

  • fasse un procès à SNC-Lavalin au risque que la compagnie ferme ? | 21 %
  • négocie une amende importante que paiera SNC-Lavalin afin de protéger les emplois et l’expertise ? | 59 %
L’ancienne ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould a témoigné le 27 février devant le Comité permanent de la justice et des droits de la personne, à Ottawa.
Photo d'archives, Agence QMI
L’ancienne ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould a témoigné le 27 février devant le Comité permanent de la justice et des droits de la personne, à Ottawa.

Les Québécois veulent sauver SNC

Une forte majorité de Québécois souhaite éviter un procès criminel à SNC-Lavalin afin de protéger les emplois, une opinion diamétralement opposée à celle exprimée par les autres Canadiens.

« Les Québécois sont en forte majorité favorables à une entente à l’amiable avec SNC-Lavalin pour sauver l’entreprise », résume le président de la firme Léger, Jean-Marc Léger.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau se retrouve sur le gril depuis qu’ont éclaté le mois dernier les allégations d’ingérence politique visant son bureau dans cette affaire.

L’entourage de M. Trudeau aurait insisté auprès de la ministre démissionnaire Jody Wilson-Raybould afin qu’elle accorde une telle entente à la multinationale.

Selon un coup de sonde, pas moins de 59 % des Québécois croient que le fédéral doit imposer une amende importante à SNC-Lavalin afin de lui éviter un procès criminel pour fraude et corruption. Fait intéressant, les Anglo-Québécois se rangent eux aussi en majorité (51 %) derrière la firme.

Si les Québécois se rangent en majorité derrière M. Trudeau sur le fond, ils critiquent fermement sa gestion de la crise.

À l’inverse, dans le reste du Canada, la presse et l’opinion publique se déchaînent contre la multinationale québécoise. Un sondage publié début mars par le Globe and Mail indiquait que 55 % des Canadiens souhaitaient que SNC-Lavalin subisse son procès.

Si elle est trouvée coupable, l’entreprise pourrait être écartée des contrats publics fédéraux pendant 10 ans, ce qui menace son existence même, selon ses dirigeants.

Québec bashing ?

Selon une majorité de répondants, la forte réaction négative du Canada anglais à la controverse entourant cette affaire cache une forme de Québec bashing, estime M. Léger.

« Les Québécois disent que SNC-Lavalin est attaquée surtout parce qu’elle est québécoise, dit M. Léger. Au Canada anglais, on ne comprend pas que les Québécois veuillent sauver SNC-Lavalin. »

Le Bloc s’écrase à nouveau

La lune de miel avec le nouveau chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet fut brève.

Après une belle remontée en début d’année, les appuis du Bloc ont de nouveau fléchi sous la barre des 20 %. Il semble que le parti soit incapable de profiter de l’affaire SNC-Lavalin pour arracher des votes aux libéraux.

« À cause de ce débat-là, ils sont dans l’obscurité. Ils reviennent à un seuil de 17 % », explique Jean-Marc Léger.

Le Bloc se retrouvait pourtant au coude-à-coude avec les conservateurs quelques jours avant l’éclatement de la controverse. Tout comme le NPD, le Bloc doit aussi composer avec la montée des Verts.

Le NPD en voie de disparition

Le Nouveau Parti démocratique de Jagmeet Singh se dirige tout droit vers l’extinction au Québec, s’il ne redresse pas la barre.

La formation de gauche ne récolte plus que 7 % des intentions de vote dans la province. Aux élections de 2015, le parti avait récolté 25 % des voix dans la province, ce qui lui a permis d’élire 16 députés.

Le NPD arrive aujourd’hui au coude-à-coude avec les Verts, dont la croissance un peu partout au pays est indéniable. Le Parti avait d’ailleurs surpris le mois dernier lors d’élections partielles.

« Au fédéral, l’environnement va devenir un enjeu majeur aux prochaines élections », prédit le président de Léger, Jean-Marc Léger. En 2015, les Verts avaient récolté un maigre 2 % au Québec.

 
 
 
 
 
 
 

 

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